Les banques regorgeaient d’argent, les transactions allaient bon train.

La prospérité était générale, du moins l’affirmaient-ils.

Et puis brusquement voici que tout s’effondre !

Personne n’avait prévu ça, sauf quelques oiseaux de malheur, atteints d’un pessimisme maladif.

Une crise de panique sans précédent. Plus personne n’a confiance en rien que ce soit... On ne sait plus sur quoi s’appuyer ! La richesse devient volatile, des groupes financiers colossaux perdent des milliards de dollars en quelques séances de bourse.

Ces effondrements en entraînent d’autres qui à leur tour engendrent de graves difficultés dans des pans entiers de l’activité économique. Un terrifiant effet boule de neige, une avalanche sans précédent ont raison des institutions les plus orgueilleuses, dont les sièges, des tours monumentales de verre et d’acier couvrent le globe entier…

Au début tout le monde croyait que ce n’était qu’un mauvais moment à passer, mais quelques jours après, nouveau plongeon, on n’en finissait pas de racler le fond, pour se précipiter vers de nouveaux trous insondables. Des produits « toxiques » avaient inondé le marché, le grand marché, et empêchait sa « main invisible » d’accomplir sa mission salvatrice et infiniment sage.

L’argent c’est comme le sang de l’économie ! Il fallait arrêter cette hémorragie ! A tout prix !

L’Etat ! Les états, si décriés, dont tant de grands singes parmi les singes, avaient dénoncé tant de fois l’inutilité totale, les états, donc, devaient intervenir avec le peu d’argent qui leur restait. Laissons gaiement filer la dette ! Mais attention, cette intervention ne pouvait être que provisoire. Cette transition devait permettre d’affronter la tempête.

Il fallait juste un peu plus de régulation… Il fallait que les spéculateurs aient un peu plus de morale ! Il fallait que les dévoreurs de capitaux mettent un léger frein à leur fringale. Du moins pour un certain temps.

Dès que l’ouragan dévastateur du manque de liquidités serait passé, tout pourrait recommencer comme avant.

En attendant, il fallait guetter les moindres signes d’une « reprise » en se basant sur les indicateurs qui, cette fois encore et de manière incompréhensible, n’avaient rien indiqué… On employait volontiers la méthode Coué : de jour en jour, la situation est en train de se redresser…

Les cours de bourse recommencent à grimper, même si la croissance connaît des hauts et des bas…

L’activité pourra bientôt reprendre dans toute son ampleur.

Regardez, tous ces gens courageux qui n’hésitent pas à lancer de nouvelles entreprises ! Tant pis, si la plupart d’entre elles font la culbute ! Et tant pis si elles envoient des gens au chômage, ceux-ci n’ont qu’à chercher sérieusement un emploi…

Regardez, les banques en train de renouer avec les bénéfices et à rémunérer largement leurs « traders » avec l’argent qui leur a été prêté par l’Etat !

Spéculez, n’hésitez pas ! C’est la manière la plus rapide de faire fortune, on achète au plus bas et on revend au cours le plus haut ! C’est l’enfance de l’art… La pub vous le dit et vous le répète, placez votre argent, ne le laissez surtout pas dormir, achetez, achetez, consommez, consommez vite, car qui sait de quoi demain sera fait ?

Les prêteurs pourront continuer à prêter ;

D’autres prêteurs à prêter à ces prêteurs ;

D’autres prêteurs à prêter à ces prêteurs prêtant à d’autres prêteurs ;

Tous ces prêteurs touchant évidemment leurs dividendes sur ces activités de prêt et plaçant leurs fonds dans des paradis fiscaux ;

Toute la société pourra à nouveau vivre à crédit et rembourser les prêts grâce à de nouveaux prêts…

Jusqu’au moment où l’on verra que tout cela ne repose que sur du vent…

Jusqu’à la prochaine crise, encore plus grave que la précédente…

Une crise de foi…

De foi en notre système, le plus irremplaçable qui soit, basé sur la seule démocratie possible, celle du fric et de son accumulation…

Roulez, roulez, folle jeunesse !

Foncez droit dans le mur !

Et en route vers de nouvelles aventures !